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Articles critiques
Cet article examine l’usage que Chloé Delaume et Sophie Divry font du comique respectivement dans Les Sorcières de la République (2016) et Quand le diable sortit de la salle de bain (2015). Les deux autrices déploient une panoplie comique variée : comique de caractère, comique de situation, comique de mots (détournements de chansons et de formules, néologismes, onomatopées), parodie, trompe-l’œil (insertion de pseudo-documents, agitations typographiques, calligrammes). Delaume et Divry décrient et critiquent au moyen du comique la société française contemporaine et le sort qu’elle réserve aux femmes. Elles produisent un comique complexe qui secoue la sérieuse raideur hétéronormative des conventions sociales et littéraires contemporaines et tracent la voie à une production comique d’écrivaines en plein essor.
Chloé Delaume est souvent décrite comme féministe, mais peu de chercheur.euse.s font l’analyse directe de cet aspect de son œuvre, du moins, jusqu’à la publication de Les Sorcières de la République (2016) et Mes bien chères sœurs (2019), deux textes – un roman et un manifeste – où le féminisme passe au premier plan. En juxtaposant ces deux ouvrages au tout premier, Les Mouflettes d’Atropos (2002 [2000]), cet essai examinera le féminisme – et son évolution – aux deux extrêmes chronologiques des écrits de Delaume. Il démontrera comment le féminisme chez Delaume progresse d’un point de vue qui se concentre sur une seule femme et sa vie à un point de vue qui favorise le féminisme « sororal », de masse, et des conseils précis de l’autrice pour progresser et changer la société.
« Le temps des avant-gardes. Peut-être la seule forme de vie excitante, parce que liée intimement à l’écriture » : voici la manière dont Chloé Delaume se remémore, dans Où le sang nous appelle (2014) son enthousiasme premier pour certaines expériences d’activisme poétique et politique, avant pourtant d’en dresser un bilan particulièrement critique. Cette citation, et la suite qui lui est donnée, résume toute l’ambiguïté du rapport qu’entretient Chloé Delaume au legs avant-gardiste, et en particulier situationniste. À la faveur d’une traversée des textes de Delaume – du Cri du sablier aux Sorcières de la République –, cet article tentera de déplier cette contradiction en montrant comment, malgré sa péremption annoncée, le concept d’avant-garde, dans ses dimensions historique, sociologique et pragmatique, permet de mieux situer Chloé Delaume dans le champ littéraire contemporain.
Dans son dernier roman, Les Sorcières de la République, Chloé Delaume imagine une société où, devenues sorcières après que les déesses de l’Olympe les ont dotées de pouvoirs magiques, les femmes renversent le gouvernement français jugé trop oppressif pour celles-ci et imposent un nouveau régime politique. Si l’intrigue paraît fantasque, le réinvestissement de la figure de la sorcière, incantatrice et jeteuse de sorts, permet de mettre en avant l’idée d’un pouvoir d’action résidant fondamentalement dans la parole. Cet article se propose d’analyser comment cette agentivité discusive se construit précisément dans le texte en observant la parole de la sorcière, de la représentation de son émettrice à l’espace dans lequel sa voix résonne.
Sinian, Éva. Recension des Sorcières de la République de Chloé Delaume. Études, novembre 2016, pp. 125-126.
Dans cette brève recension, l’auteur offre un résumé des thèmes abordés dans Les sorcières de la République et une critique du style de l’écriture de Delaume.